Jacques Tassin À L’HONNEUR Pourquoi vous-êtes-vous tourné vers l’écriture ? J. T. : Il faut savoir que les publications scientifiques sont finalement très peu lues et uniquement par des scientifiques. Elles répondent à des codes précis, avec notamment une mise à distance de soi qui ne laisse pas de place pour un propos personnel. Aujourd’hui, la technique, éloignée de la main et plus proche du cerveau, nous éloigne des réalités de la nature. Comme le dit le philosophe Merleau-Ponty « La science manipule les choses, elle renonce à les habiter ». C’est un désir profond de vulgarisation et d’ouverture vers un public plus large qui m’a poussé à écrire différemment, avec une approche sensible. LEGENDES 3 Coq-de-roche péruvien : oiseau frugivore qui concourt à disperser les graines des arbres dans les forêts amazoniennes. Baobab de Madagascar (Adansonia grandidieri), dont les semences étaient autrefois dispersées par des tortues terrestres. Forêt de Bélouve : pour illustrer le thème du film l’enfeuillement du monde. 4 5 Quel regard portez-vous sur le monde des arboristes-grimpeurs ? J. T. : Il ne s'agit pas d'un domaine professionnel que je connais bien, mais ce que je ressens, c’est que ce sont de véritables artistes. Je suis émerveillé par leur incroyable capacité d’analyser très rapidement leur environnement et par leur engagement physique. Cela fait écho à ce qu’évoque le poète allemand Novalis lorsqu’il dit « (la nature est) cette synthèse prodigieuse dans quoi nous engage notre corps ». Je ne connais pas beaucoup de métiers où l’engagement du corps va aussi loin aujourd’hui… C’était le cas des paysans autrefois, mais plus maintenant, du fait de la mécanisation. Or cette notion d’engagement physique me parait indispensable pour mieux protéger la nature et éviter une approche trop intellectualisée des choses. 3 Crédit photo : Jacques TASSIN 4 Crédit photo : Jacques TASSIN 5 Crédit photo : Jacques TASSIN 12 Mag
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