Arboristes Mag - Numéro 19

Jacques Tassin À L’HONNEUR INTERVIEW Jacques Tassin Chercheur sensible Comment est venu votre intérêt pour les arbres ? J. T. : Je suis né en région parisienne, mais je passais une grande partie de mes vacances dans la Sarthe, à la campagne. A contrario de certaines personnes, je ne peux pas dire que j’ai fait une rencontre particulière et déterminante avec un arbre précis, à un moment donné. J’ai toujours été sensible à la nature qui m’entourait. Lorsque j’ai débuté ma carrière professionnelle au Cirad, j’ai travaillé sur les forêts tropicales et l’agroforesterie, principalement dans l’ouest de l’Océan Indien et dans le Pacifique. Mes rencontres avec ces arbres tropicaux et avec les habitants de ces territoires, leurs relations à la nature très différentes de notre vision occidentale, m’ont aussi profondément marqué. *dissémination des graines et propagules des espèces végétales par les oiseaux Chercheur en écologie végétale au sein de l’unité de recherche « Forêts et Sociétés » du Cirad (centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) de Montpellier, Jacques Tassin est aussi un formidable vulgarisateur et conteur, fervent défenseur d’une démarche sensible et poétique pour aborder les questions autour de la compréhension et de la protection de la nature. LEGENDES 1 Portrait Jacques Tassin. Acacia mearnsii : au premier plan Acacia mearnisii, une espèce originaire d’Australie présent dans les Hauts de l’ile de la Réunion. 2 2 Crédit photo : Jacques TASSIN Quels ont été les thèmes de recherche qui vous ont le plus marqué ? J. T. : Durant ma carrière de chercheur en écologie forestière, j’ai été particulièrement passionné par plusieurs domaines, l’ornithochorie* et la capacité de germination des graines, ainsi que la question des plantes dites « invasives ». En forêt tropicale, les arbres utilisent très souvent les animaux et notamment les oiseaux, pour propager leurs graines, car le vent n’est pas un allié efficace dans ces milieux denses et humides. Je me suis émerveillé des collaborations multiples des arbres avec les oiseaux, mais aussi les primates, les marsupiaux, les insectes, les bactéries, les champignons… J’ai étudié les « traits de vie », appelés aussi « traits biologiques » et notamment les capacités spécifiques de germination de certains arbres. Cela m’a permis de comprendre que les arbres sont les entités vivantes les plus symbiotiques qui soient, à la différence des hommes ! Ces derniers ont su se servir du monde vivant (et même l’asservir), mais ils ne savent pas vraiment collaborer avec… L’autre sujet qui me tient à cœur concerne les plantes dites « invasives ». Ce fut d’ailleurs le sujet de ma thèse, effectuée à La Réunion au début des années 2000. Elle portait sur les effets de la présence dans les Hauts de l’ile de l’Acacia mearnsii, une espèce originaire d’Australie. Alors que nous (chercheurs métropolitains) portions un regard négatif sur cette essence, considérée comme invasive, je me suis rendu compte que ce n’était pas forcément le cas à l’échelon local. La question des plantes « invasives » n’est pas seulement une réalité biologique mais aussi culturelle. Et les discours portant sur la nécessité de les éradiquer, toutes et de façon systématique, alimentent certains propos radicaux sur le rejet des autres…Récemment, avec Gilles Clément, nous avons écrit une tribune dans Philosophie Magazine à ce propos, un sujet très préoccupant et pas traité à hauteur de ce qu’il devrait être. 1960 NAISSANCE SAINT-MAUR-DES-FOSSÉS (Val-de-Marne) 1984 INGÉNIEUR EN HORTICULTURE (ENITHP Angers) 1987 INGÉNIEUR EN AGRONOMIE TROPICALE (ESAT Montpellier) DEPUIS 1990 Chercheur en écologie végétale et forestière au CIRAD de Montpellier 2002 THÈSE D’ÉCOLOGIE Université Toulouse III Paul Sabatier BIO EXPRESS 11 É TÉ 2025 19

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